Un chroniqueur doit-il critiquer?

chronique critique

Une fois n’est pas coutume, voici un article nombriliste sur ma vision des romans en général et des chroniques en particulier.

Au cours d’un débat comme on en voit sur les réseaux sociaux, un ami chroniqueur me faisait remarquer que je faisais peut-être preuve de trop d’enthousiasme dans mes chroniques traitant des livres d’autres auteurs.

Il est vrai que les liens de ce site sont affiliés et que cela peut jeter un doute sur mon objectivité. Pour ceux qui l’ignorent, les liens affiliés insérés sur un site A (comme celui-ci) vers un site B (comme Amazon) sont un échange de bons procédés entre les deux. Pour faire court, si vous commandez le livre que je vous recommande en cliquant sur le lien du blog, Amazon me reverse environ 10 % sans aucune augmentation du prix pour l’acheteur. Dans ces conditions-là, on peut comprendre la méfiance du lecteur des chroniques « Est-ce qu’il me dit que c’est génial parce qu’il a vraiment trouvé ça bien ou parce qu’il veut toucher sa comm de 10 % ? »

La réponse à cette question est évidente : je veux toucher ma commission ! Tout le monde sait que j’attends après les 10 % des 2,99 € auxquels sont généralement vendus les livres que je recommande pour financer les études de mon petit dernier. Bien sûr, je serais ravi de défoncer les livres des autres autoédités dans des avis lapidaires si vous consentez à me reverser les 30 centimes via PayPal pour compenser le manque à gagner. Vous pouvez également faire un paiement global de 3 € pour les 10 prochaines chroniques si vous n’avez pas peur des grosses sorties budgétaires. 😉

Blague à part, la raison pour laquelle je suis enthousiaste quant aux livres dont je parle, c’est parce que je les ai aimés, tout simplement.

Comment je choisis les livres qui font l’objet d’une chronique ?

Je mets un point d’honneur à privilégier les livres autoédités, car ces auteurs doivent, comme moi, se battre chaque jour pour se faire connaître au milieu d’une offre démentielle et chaque jour grandissante. De leur côté, les écrivains en maison d’édition peuvent s’appuyer sur une structure qui les aide. Je joue donc à fond le sacro-saint principe de solidarité entre membres d’une communauté balbutiante, certes… mais qui prend de l’ampleur pour notre plus grand plaisir. 🙂

En tant qu’abonné Kindle, j’ai accès à bon nombre de romans autoédités que je peux emprunter sans risque de perte financière. Il n’y a pas de règles précises à mon choix de lecture. Cela peut venir d’une couverture qui m’inspire, d’un commentaire sur un réseau social ou d’un pur hasard. Pour prendre en exemple les deux chroniques actuellement en ligne, je connais Oliver Krauq grâce à notre admiration commune pour l’auteur Stephen King et je n’avais jamais entendu parler de Sandra Ganneval avant de voir la jaquette délirante de « La téléportation est un sport de combat » sur la boutique Kindle d’Amazon.

J’emprunte donc et je commence à lire. Si je détecte deux fautes par phrase, je supprime. S’il y a une absence totale de mise en page, je supprime. Si l’auteur se regarde le nombril, je supprime. Si je ne comprends rien, je supprime. Vous me trouvez dur ? Peut-être, mais c’est parce que je pars du principe que ce n’est pas au lecteur à faire un effort pour aimer un livre. C’est le job de l’écrivain et de personne d’autre.

Qu’est-ce qui me fait continuer un roman ? Une histoire intéressante, des personnages construits et une vision claire de ce que l’auteur veut me montrer. Je n’ai pas besoin de grandes phrases pleines de dentelles pour m’accrocher. Si vous cherchez de belles tournures, lisez Proust… et réveillez-moi quand vous aurez fini.

Pourquoi je ne parle pas des livres que je n’ai pas aimés et pourquoi je devrais peut-être le faire

Il y a donc bon nombre d’ebooks qui sont passés de la case « j’emprunte » à la case « je supprime » au bout de quelques pages seulement. Je n’en parle pas, car je préfère vanter les mérites d’un auteur plutôt que de révéler les lacunes d’un autre. Les deux ont transpiré en écrivant. Les deux ont mis leurs espoirs dans leur roman. Je ne veux pas briser les rêves, j’aspire à les encourager. J’éprouve donc plus de plaisir à encenser un livre qu’à le démolir.

D’un autre côté, certains disent aimer lire les avis négatifs traitant de leur livre, car cela leur permet, je cite : « de s’améliorer ». Je salue la noblesse de la démarche, mais je reste prudent quant à son application dans les faits. Accepter la critique qu’on a réclamée est une chose, subir celle d’un parfait inconnu à qui on n’a rien demandé en est une autre. Tout le monde n’est pas aussi beau joueur qu’il le dit, même si cela « fait partie du jeu ».

Dans le même esprit, on entend souvent dire qu’« il vaut mieux une mauvaise publicité que pas de publicité du tout ». Possible. Je ne suis pas sûr qu’Alexandre Benalla soit d’accord avec cela, mais j’ai déjà vu ce principe fonctionner dans quelques cas très particuliers.

Enfin se pose la question de ma crédibilité. Je sais que je ne suis qu’un énième blogueur qui donne un énième avis sur un énième roman autoédité, mais j’ai aussi ma fierté et je tiens à ce que vous preniez mes chroniques au sérieux. J’écris ces articles pour mon plaisir et pour le vôtre et j’aspire à apporter quelque chose à celui qui lit. Sinon, quel intérêt ?

Conclusion

Que faire alors ? Dois-je continuer de ne parler que des romans qui m’ont plu ? Et ce au risque de passer pour un bisounours qui bouquine sous extasie ? ou bien dois-je aborder tous les livres que je lis au risque de blesser, dégoûter, voire décourager un auteur débutant qui aurait peut-être persévéré si je l’avais soutenu ?

Le choix est cornélien et la solution, comme souvent, est quelque part entre les deux.

Je ferai donc des chroniques qui traiteront des livres que j’ai adorés (ça ne change pas) et de ceux que je n’ai pas aimés (ça, ça change), mais à deux conditions :

D’abord, mon avis sera argumenté et constructif avec l’espoir que mon retour aidera l’auteur à faire mieux la prochaine fois.  Ce seront, par conséquent, plus des « conseils » (en toute humilité) que des « critiques ».

Ensuite, j’enverrai mon article à l’auteur avant publication. Il aura une semaine pour accepter ou non la publication de la chronique et je respecterai son choix. S’il ne répond pas, je déciderai pour lui.

Quid de ceux que j’ai supprimés au bout de deux pages ? C’est à Will Piem que je dois l’idée de créer la page « Cimetière ». Elle contiendra une liste des livres que je n’ai pas pu finir. La raison en sera expliquée succinctement et, comme précédemment, l’autorisation de l’auteur sera demandée et respectée.

J’espère sincèrement que cette ligne de conduite conviendra au plus grand nombre : les auteurs, les lecteurs et moi.

Et vous ? Dites-moi ce que vous pensez de cette philosophie. La trouvez-vous pertinente ? Respectueuse ? Utile ? Faites-moi part de vos remarques et suggestions dans les commentaires.

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5 réponses sur “Un chroniqueur doit-il critiquer?”

  1. C’est une excellente idée. Je pense qu’il faut être capable d’accepter une critique si elle est constructive et nous fait avancer. Il est vrai que les premières fois, il faut passer outre son égo, surtout si on ne reconnait pas celui qui fait les remarques comme étant légitime à les faire. Cependant, lorsqu’on a compris que ce n’est pas une question d’égo et que même s’il est impossible de plaire à tout le monde, chaque lecteur est de fait légitime à donner son avis, il faut faire le tri, prendre ce qui peut être utile, éliminer ce qui est méchant ou gratuit (cela arrive quelque fois), et s’en servir pour continuer d’écrire et s’améliorer.

    Ton blog devrait être d’utilité publique, tes articles sont vraiment intéressants !

    1. Je suis tout à fait d’accord. Accepter la critique est difficile pour tout le monde. Cela peut demander un gros effort sur soi quand il s’agit d’un travail aussi gros et personnel qu’un roman. C’est pourquoi je tiens à ce que chacun y trouve son compte, l’auteur y compris.
      Merci pour le compliment, j’en parlerai au ministère de la culture 😉

  2. Personnellement je propose aux auteurs de lire la chronique avant sa publication. Cela permet de m’assurer que je ne spoil pas (nous ne sommes pas à l’abri d’un spoil involontaire), mais aussi de discuter de certains points si l’auteur le souhaite. Je publie la chronique dans tous les cas, même si j’ai moyennement aimé le livre, car j’estime que je donne des conseils plus que je critique, que je propose une argumentation plus que je “défonce” le livre. Il se peut que j’aborde certains points en privé avec l’auteur, en complément de la chronique.
    La plupart du temps, il s’agit de partenariat, j’estime que si l’auteur m’a démarché pour chroniquer son livre, c’est qu’il est prêt à accepter mon retour. Je suis sincère dans mes avis, et j’essaie d’être la plus juste possible. Mon but est d’inciter à lire, même si je n’ai pas accroché à l’histoire.
    Je ne modifie ma chronique que si l’auteur estime que je suis méchante, voire trop sévère (cela se discute), ou s’il y a présence de spoil. Dans le cas contraire, je laisse la chronique telle quelle… Je termine également mes articles par un “3 raisons de lire …” qui vient mettre en avant les aspects positifs du livre et me permet d’achever la chronique sur une bonne note.

    Merci pour ton article très intéressant !

    Belle journée.

    1. Merci pour ton retour. La technique du “3 raisons pour lire…” me parait être une excellente idée. Personnellement, j’utilise la technique du Feedback en sandwich pour faire un retour mitigé: une tranche de retour positif, une tranche de “piste d’amélioration”et une tranche de conclusion se terminant par une note positive. Avec une bière, ça se mange tout seul 😉
      Plus sérieusement, cette technique permet de faire passer certaines pilules indigestes.

  3. Wow, je suis cité !

    Content que l’idée de cimetière te plaise.

    N’empêche que t’es un vrai bon commercial.
    10% de 2.99 ça ne fait pas 0.30€ !
    Et partout ailleurs, pour le pris de 10, on a la 11ième gratuite…
    ATTENTION ARNAQUE EN VUE ^^

    Bon j’arrête de raconter des âneries et j’ai hâte de voir la tournure que prend ton blog.

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