Livre émettant des lueurs magique projeté sur l'écran d'une salle de cinéma

3 conditions pour qu’une adaptation cinématographique soit réussie

Savez-vous ce qu’est une adaptation cinématographique réussie ? Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai vu des internautes se pourrir à grands coups de charrette de bouse parce qu’ils n’étaient pas d’accord pour dire si tel livre ou tel film est meilleur qu’un autre ou non. Ce que j’ai remarqué c’est que, au-delà du fait que nous avons tous des goûts différents, nous ne plaçons pas tous les curseurs aux mêmes endroits pour considérer si une adaptation filmique est réussie ou non.

Certains considèrent qu’un scénario doit rester fidèle à l’œuvre originale ou, au contraire, doit adapter le livre au format (film, pièce de théâtre ou télévision). D’autres estiment qu’une bonne adaptation est tout simplement un bon film (pourquoi pas ?) ou encore qu’elle doit s’approprier l’essence du livre. Bref, personne n’est d’accord sur les conditions qui permettent de dire si une adaptation filmique est réussie ou non.

Je ne suis ni scénariste ni réalisateur, mais je suis romancier et je voue une vraie passion pour les bonnes histoires qu’elles soient diffusées sur papier, sur scène ou sur pellicule. Ce qui suit n’est que mon avis personnel. Je vous le livre en toute humilité.

Adapter un livre pour le cinéma

L’écrivain travaille seul, le studio gère une équipe

Un film sur cinq est une adaptation littéraire qu’elle soit française ou étrangère, soit 20 % de la production cinématographique mondiale. Autant dire que les studios de cinéma ont compris depuis longtemps que la littérature constituait une source inépuisable de bonnes histoires à raconter (ce n’est pas pour cela qu’ils rémunèrent correctement les auteurs, mais c’est une autre histoire). Roman, nouvelle, littérature jeunesse, bande dessinée, témoignage, essai… tout y passe.

Mais ce n’est pas simple, car les studios de cinéma se heurtent au problème inverse de celui des romanciers. Si ces derniers se noient dans leur solitude et désespèrent parfois d’avoir un retour objectif et constructif sur leur travail, l’adaptation cinématographique d’un livre est un travail d’équipe : scénaristes, réalisateurs, producteurs, acteurs… tout ce petit monde a son mot (maux ?) à dire sur le résultat final et ils ne sont pas toujours d’accord. Autant dire que, parfois, les retours sont plus nombreux que certains ne le voudraient et tiennent plus de la bataille de Petit Suisse à la cantine que d’une construction collective.

Les exemples sont nombreux, mais je pense au tandem Coppola et Marlon Brando sur le tournage d’Apocalypse Now. Pour le tournage, Brando devait perdre du poids et lire l’œuvre originale : « Au cœur des ténèbres ».

Fidèle à sa réputation de casse-bonbons patenté, il n’a fait ni l’un ni l’autre et a été forcé de lire le roman d’une traite dans sa loge. Après quoi, il s’est engueulé avec Coppola sur la dimension à donner à son personnage.

Coppola, dégoûté et découragé par l’un des tournages les plus cauchemardesques de l’histoire du cinéma, a fini par laisser Brando faire comme il voulait.

Couverture DVD d'Apocalypse Now avec Marlon Brando

 

L’adaptation cinématographique, c’est de la traduction

Adapter, c’est passer d’un langage à un autre. C’est passer des mots aux images.

Tous ceux qui maîtrisent deux ou plusieurs langues seront d’accord pour dire qu’une bonne traduction n’est jamais du mot à mot. Chaque langue a des particularités, des expressions et des nuances avec lesquelles il faut composer.

Un récit littéraire sera toujours (à quelques très rares exceptions près) plus riche que son adaptation cinématographique. Certes, une image vaut 1000 mots et permet de résumer, en un seul coup d’œil, ce qui prend des pages à expliquer. Mais le texte gagne en précision ce qu’il perd en sobriété. Le romancier a accès à tous les aspects de son récit. Il maîtrise les pensées intimes de ses personnages, se déplace comme il le souhaite dans l’espace et dans le temps… c’est beaucoup plus difficile lorsqu’on est contraint par les limites de l’image et par les capacités d’interprétation des acteurs.

Il est donc nécessaire de faire des choix. L’adaptation filmique exige des sacrifices, notamment celui de la fidélité au roman, ce qui peut être une bonne chose car cela offre une liberté d’écriture au réalisateur et au scénariste et leur permet de s’approprier l’histoire pour une meilleure interprétation.

Un contre-exemple parmi les rares fois où l’adaptation filmique est aussi riche que l’œuvre originale : Hunger Games.

Pour l’anecdote, j’ai visionné les films avant de lire les livres, et j’ai été surpris par l’absence totale d’information complémentaire du roman par rapport au film. Cette adaptation filmique est si fidèle et si complète que j’ai jugé inutile de continuer la lecture de la saga littéraire pour me contenter des films.

Peut-être ai-je eu tort ? N’hésitez pas à me le dire en commentaire si c’est le cas.

Katniss Evergreen qui tire à l'arc dans un décor en feu avec la trilogie littéraire de Hunger Games

Adapter un roman pour la télévision

Un petit aparté pour les séries, car il est vrai qu’adapter une œuvre sous la forme d’une série ajoute une nouvelle difficulté à celles précédemment citées : le format.

Une série se décompose en plusieurs saisons comprenant chacune entre 8 et 12 épisodes de 50 minutes environ. Cela signifie qu’une série doit, sur une seule saison, fournir du contenu pendant plus de 8 heures (contre 2 ou 3 heures pour un film).

Les producteurs de séries sont donc confrontés au problème inverse de celui des films. Au lieu de supprimer des éléments du roman, ils doivent en ajouter. Créer des enjeux supplémentaires, inventer des personnages, des sous-intrigues et des conflits totalement absents de l’œuvre originale.

Que se passe-t-il s’ils ne le font pas ? On se retrouve avec une bassine vide, à l’instar des dernières saisons de « The Walking Dead » dans lesquels il se passe réellement quelque chose dans seulement 3 épisodes sur 10.

Et pendant les 7 autres ? On surfe sur son téléphone, on fait faire ses devoirs au petit, bref… on s’ennuie.

Affiche de the walking dead avec le mot walking barré et écrit Boring en-dessous en lettres rouges

3 conditions pour réussir une adaptation filmique

Alors maintenant qu’on a dit tout ça, il est quand même temps de se pencher sur les 3 conditions nécessaires, pour moi, pour déterminer si une adaptation cinématographique est réussie ou non.

1 — Un film qui respecte l’esprit du livre

Évidemment, je commence avec ce qui est le plus important : le respect de l’esprit du livre.

Par esprit du livre, j’entends principalement le ton donné au récit, la psychologie des personnages et le thème (ou message) que le romancier a voulu transmettre à ses lecteurs.

Respecter cela est le minimum qu’un studio se doit de garantir à un auteur qui a passé des mois (voire des années) à tenter de transmettre des émotions, des impressions et un message à son lectorat.

Pourtant, les réalisateurs qui s’essuient littéralement le fondement avec les pages de l’œuvre originale sont bien trop nombreux.

Par exemple, « Running Man » de Paul Michael Glaser n’a strictement rien à voir avec le roman de Stephen King du même nom (d’ailleurs le réalisateur a lui-même avoué n’avoir jamais lu le livre…Duh !). Dans le roman, pas de type avec des bras comme mes cuisses, pas de costumes moule-bite, pas de cascade et pas d’explosion. Juste un type lambda qui participe à un jeu télévisé mortel pour sauver sa petite fille.

Cliquez sur l’image si vous voulez lire la vraie histoire de RUNNING MAN (lien affilié) :

couverture du roman "Running man" de Stephen King

 

2 — Un film qui s’adresse au même public que celui du livre

Quand un livre s’adresse à des enfants, le film doit s’adresser à des enfants.

Quand le roman plaît à des fans d’univers sombre et glauque, la série ne doit pas en gommer les aspects dérangeants pour plaire à une plus large audience.

Bref, le film ou la série doit s’adresser au même public que le livre. Cela peut sembler évident, mais c’est loin d’être systématique.

La série « The Witcher » sur Netflix est si éloignée de l’œuvre originale que c’est à se demander si les scénaristes l’ont lu. Quelques histoires du premier volume sont reprises dans les deux premières saisons, mais le reste ressemble à un remake d’« Hélène et les garçons » à la sauce fantasy médiévale.

Le lectorat des romans, des fans de Dark fantasy sanglante et à l’humour sarcastique, se sont sentis floué par ce changement drastique de direction. Netflix a très clairement changé la cible de sa série pour s’adresser à un public Young Adult adepte de romances fantasy.

Bref, au lieu de se retrouver avec une bonne bière brune à la mousse épaisse, Netflix nous sert un diabolo fraise.

Le plus impardonnable de la part du studio, c’est qu’il disposait de l’auteur, Andrzej Sapkowski en tant que consultant. À propos du studio, le romancier a déclaré : « Je leur parle, mais ils n’écoutent rien ». Un entêtement qui a provoqué le départ fracassant d’Henri Cavill à la fin de la saison 3.

Cliquez sur l’image si vous voulez lire la vraie histoire de Geralt de Riv et de Ciri (lien affilié) :

Couverture du roman le sorceleur

 

3 — L’appropriation et l’enrichissement de l’œuvre

Voilà probablement le plus difficile pour l’équipe de réalisation d’un film.

Retranscrire fidèlement un livre à l’écran demande du travail, certes, mais c’est quelque chose de très faisable. Il suffit de couper quelques scènes et d’adapter le récit au grand écran.

Mais réussir à rester fidèle au livre tout en ajoutant une dimension artistique  et personnelle supplémentaire : ça, cela relève d’une parfaite appropriation de l’œuvre par le réalisateur et d’un travail main dans la main avec l’auteur de l’œuvre originale.

Un pari réussi pour Peter Jackson avec son adaptation du « Seigneur des anneaux ». Il a su capturer la grandeur de la trilogie de Tolkien tout en y ajoutant son angle de vue sur le thème des romans, ainsi que des scènes d’action spectaculaires.

Un vrai chef-d’œuvre… qu’il a totalement ruiné, quelques années plus tard, avec le Hobbit.

Comme quoi, rien n’est jamais acquis par avance.

Un contre-exemple : l’adaptation de « À la croisée des mondes » de Philippe Pullman au cinéma par Chris Weitz passe à côté de l’essentiel au profit du superflu. L’œuvre, incroyablement riche, de Pullman est passée à la lessiveuse hollywoodienne pour en ressortir sans saveur, sans texture… sans rien.

Non content de ne rien apporter de neuf à l’histoire tragique de la petite Lyra, Weitz a également gommé toute la valeur initiale des romans (que je recommande chaudement).

Cliquez sur l’image si vous voulez lire la vraie histoire de « A la croisée des mondes » :

Couverture de A la croisée des mondes (intégrale)

Voilà ce qui constitue, d’après moi, les 3 conditions pour qu’une adaptation cinématographique soit réussie.

Ceci étant dit, une nuance doit être apportée à tous ces propos. Une nuance aussi importante qu’un bon scénario l’est pour un film :

  • Une bonne adaptation n’est pas forcément un bon film,
  • Un mauvais film n’est pas forcément une mauvaise adaptation,
  • … et vice versa.

Je vous laisse réfléchir à cela. Vous pourrez ensuite me dire ce que vous en pensez dans les commentaires 😉

Partagez l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *